« Il faut érotiser la formation »

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Stéphane Diebold est Président-fondateur de l’AFFEN (Association Française pour la Formation en Entreprise et les usages Numériques) dont il vient de déposer les statuts. Docteur en Economie, ancien directeur d’école de commerce, ancien directeur de la formation des Galeries Lafayette, entre autres, il dirige désormais celle de Dancause. Engagé depuis de nombreuses années dans le monde associatif (ETDF, LLLWC, TeamFactory, Garf), il est également le Cofondateur du Comité mondial de la formation tout au long de la vie.

 


 

Depuis notre entretien en mai dernier, vous avez quitté la présidence du GARF et créer une nouvelle association – l’AFFEN – pouvez-vous nous la présenter ?

L’AFFEN s’adresse dans un premier temps aux responsables formation et aux managers de la formation, puis aux organismes.

Le premier collège sera donc celui des responsables formation. Nous souhaitons créer, dans un « esprit club », un lieu d’échanges à Paris et en régions dont l’un des buts et de développer, grâce au crowdsourcing, une organisation collaborative et apprenante au travers des usages des technologies numériques.

Différentes personnalités apporteront leur expertise lors d’événements réguliers afin de proposer du contenu métier, nourrir l’innovation. Mais la véritable innovation est de proposer du collaborat, des groupes de travail sur des thématiques structurants le métier comme le marketing de la formation ou des sujets d’actualité comme les MOOC portés par nos adhérents, l’âge du faire, faire ensemble pour apprendre, par exemple comment construire un MOOC, nos adhérents choisissent l’ensemble des projets que l’association portera et sur lesquels ils veulent s’investir, le collaborat.

logo_affenAu sein de l’AFFEN, nous souhaitons organiser des dating chefs d’entreprises/responsables formation pour apprendre à mieux se connaitre et développer une identité commune de l’innovation et du changement partagé.

 

La philosophie de l’AFFEN est de capter les signaux faibles pour que les responsables soient différenciant sur leur propre employabilité interne et/ou externe. La fonction formation, comme n’importe quel métier, est en interrogation sur son usage et son optimisation au sein des entreprises. Notre ambition est de lui redonner de la valeur, une valeur visible qui est recentrée autour de l’apprendre ensemble.

 

Qu’offre le site de l’AFFEN ?

Le site de l’association est en ligne depuis peu, et dans une version beta qui va évoluer avec ses utilisateurs. Nécessairement collaboratif, il propose toute une série de tribunes – avec, pour chaque chroniqueur, une ligne éditoriale personnelle – , de courtes émissions de radios, des keynotes mais aussi des ouvrages comme l’avenir de la formation à 2, 3 ans, le marketing, Parlez-vous formation 2.0 ?, les Gros mots de la formation, Icare ou la pédagogie de la rupture,… et favoriser le cobouquinage, construire ensemble les ouvrages dont le métier pourrait avoir besoin et faire vivre les livres grâce à des commentaires partagés.

 

Quel regard portez-vous sur la réforme de la formation professionnelle ?

Un regard bienveillant et, en même temps, interrogatif. Dans l’esprit de la réforme, comment va-t-on développer l’appétence de l’individu pour se former ? Faisons le pari avec le gouvernement, souhaitons que le Conseil en Evolution Professionnelle joue ce rôle, qu’il soit l’« agent érotisant » de la formation.

Je milite depuis des années pour la création d’un comité prospectif, une autorité qui dessine un possible de la formation mais surtout qui aide les entreprises à profiter des externalités autour « comment va-t-on apprendre demain ? ». Nous sommes dans un nouveau rapport social autour de l’apprendre. Il faut créer les corps intermédiaires qui doivent prendre le risque de l’aventure. Les responsables de formation devront devenir ces agents de changement et de pilotage de ce nouveau contrat social dans les entreprises : apprendre ensemble pour réussir.
Nous sommes sur l’esthétisation de l’emploi. Nous devons travailler notre employabilité, notre professional branding. L’AFFEN se propose de développer les axes de compétences qui font résonance avec le marché pour aider les professionnels à construire leur valeur sociétale.

 

Les responsables formation vont-ils s’engager dans ce nouveau mode de formation, hors obligation ?

Les responsables formation vont s’adapter. Avant, la loi les protégeait. Aujourd’hui, ils ont besoin d’un espace de veille, juridique, technologique, pédagogue, internationale qu’ils pourront trouver à AFFEN mais l’objectif est surtout de leur proposer un laboratoire d’innovation, expérimenter entre pairs.

 

Et côté organismes de formation ?

De la même manière, ils vont s’adapter aussi. Le virage numérique propose des modèles en construction avec des questions de fond « comment faire de l’argent avec du gratuit ? » ou « comment avoir une cohérence pédagogique avec du multimédia ? » ou enfin « avec tant de supports de formation, lequel choisir ? ». Tout est à construire, c’est cela qui est passionnant.

 

Et vous connaissez des organismes innovants ?

Absolument mais, si vous me le permettez, la question est mal posée. Des organismes innovants existent mais les changements sont tellement structurels qu’il s’agit de repenser toute la façon d’apprendre. Avec l’infobésité, l’information et la formation vont être gratuites et disponibles. L’organisation de la formation sera non pas sur son originalité mais sur ce que j’avais ailleurs appelé « l’érotisation de la formation », donner l’envie d’apprendre. Les entreprises deviendront davantage des lieux de mobilisation des énergies de chacun.

L’émergence des storytellers vont dans cette nouvelle posture au savoir. Mais il y a tellement à faire, le temps de la formation change, de plus en plus aujourd’hui apparaissent des formations live où les apprenants apprennent au moment où ils en ont besoin, en situation, et demain ? Les formations pourraient être après l’action, agir d’abord pour pouvoir faire de cette action un événement formatif. Tout change… C’est une nouvelle culture qui se dessine et les professionnels de la formation auront la chance d’être les pilotes de ce changement. L’IT est un prétexte pour construire une formation qui assure une socialisation efficace de l’apprendre ensemble, le nouveau contrat social de l’ajustement des organisations. Un véritable enjeu de société pour construire ce qu’on appelle l’entreprise agile ou liquide, celle qui tire sa légitimité de sa capacité à rebondir.

 

La notion même de compétence ne serait-elle pas à redéfinir ?

C’est justement cela qui est intéressant. On est dans l’âge du faire, il faut faire des choses. Quand on parle de compétences, on ne parle pas de connaissances. Ne parle-t-on pas plutôt de potentiel ? On parle de plus en plus de talents. Sait-on quelles sont les compétences nécessaires pour l’entreprise ? Certaines PDG annoncent une visibilité stratégique de trois mois. Dans ce cas, la compétence dont on a besoin c’est l’agilité, c’est-à-dire comment je change d’une compétence à l’autre. Et c’est l’émotion qui est, et deviendra, de plus en plus la clé pour passer d’une compétence à l’autre. Quelque chose d’affectif doit se passer dans nos entreprises. Nous devons raconter la bonne histoire en faisant du marketing de la formation, en l’érotisant. Les apprenants doivent devenir acteurs de leur formation et c’est à nous de les y aider.

Nous devons former les managers, faire un travail d’organisation, de déverticalisation, éventuellement supprimer la ligne hiérarchique. Il faut recréer socialement des identités professionnelles par le biais des managers de proximité. Il faut recréer un contrat social. Il n’y a pas de modèle magique. Mais nous sommes au temps des tribus, comme le décrivait Michel Maffesoli*. II faut recréer du collectif, on a besoin d’être ensemble, c’est toute l’ambition et la démesure de l’objet de l’AFFEN, devenir le lieu de partage de toutes les professionnels qui acceptent l’aventure de l’innovation en formation.

 

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