La mini-réforme d’octobre 2025 est l’événement marquant du semestre écoulé dans le monde de la formation professionnelle. Mais la question des compétences a aussi continué à susciter de nombreuses analyses en réponse aux transformations économiques et organisationnelles liées à l’IA. A ce sujet, une tendance de fond saute aux yeux lorsqu’on s’attèle à une revue de presse vidéo : l’émergence d’un nombre croissant de contenus réalisés en tout ou partie par l’IA. Certains se retrouvent dans ce florilège : on les reconnaît à une mise en forme standardisée, manifestement liée à l’utilisation des mêmes outils. On constate donc une uniformisation des contenus, mais aussi une augmentation de la qualité informative des vidéos réalisées avec IA.
Compétences et transformation IA
L’émission Talents et Carrières du Figaro TV explore ici les enjeux RH et formation de l’IA, en donnant la parole à Rebecca Renverseau, co-fondatrice et CEO de Tomorrow Theory, à Marc Gomes, patron d’Adecco France, et à Kevin Bouchareb, expert en innovation RH et enseignant au Celsa.
Rebecca Renverseau évoque notamment l’importance, face à l’IA, de la notion de charge cognitive (23’18), c’est-à-dire l’énergie déployée pour résoudre une tâche. Elle souligne un paradoxe : comme l’IA prend en charge les tâches à faible intensité (les plus simples), il ne reste plus aux humains que les tâches à haute intensité. Or, il faut bien en passer par les premières pour acquérir les secondes. Par ailleurs, on ne peut pas rester en permanence dans une charge cognitive de haute intensité sans risquer l’épuisement. Elle appelle à une « écologie cognitive » tant individuelle (savoir gérer son effort) que collective (savoir organiser le travail pour qu’il soit « soutenable cognitivement »).
Kevin Bouchareb évoque aussi (16’57) l’apport de l’IA à la création des contenus de formation, en prenant l’exemple de Duolingo, qui avait auparavant besoin d’un an pour développer un module, et peut désormais en créer… 128 sur la même période.
Cette édition C dans l’air aborde également, mais sous un angle plus large, l’impact de l’intelligence artificielle sur l’emploi, en s’interrogeant sur l’arrivée d’une « Job Apocalypse ». A 8’20, Guillaume Grallet (Journaliste au magazine Le Point) y évoque notamment les conséquences de l’IA sur l’éducation et la formation. Il prend l’exemple de l’école fondée par Elon Musk pour ses enfants, dans laquelle l’enseignement des langues est absent, cette compétence étant jugée désormais inutile. Il conclut sur la nécessité pour l’humain de cultiver sa propre capacité de réflexion pour éviter une « apocalypse cognitive » face à l’omniprésence des outils d’assistance. (07’31)
Parmi les autres thèmes abordés : la transformation des métiers par l’IA (Isabelle Ryl, directrice de Paris Artificial Intelligence Research Institute, 4’18), le fait que l’IA affecte aussi bien les cols bleus que les cols blancs (Emmanuel Duteil, directeur de la rédaction de L’Usine nouvelle, 5’02), l’émergence de nouveaux métiers et secteurs, avec une période intermédiaire difficile (Nicolas Bouzou, économiste, 9’14).
Le consultant Philippe Lacroix fait ici le point à l’instant t des apports de l’IA à la formation. Pour le moment, elle apporte beaucoup lors de la phase de création de contenus : les outils existants permettent de faire l’économie du scénario écrit sous word puis du storyboard powerpoint ; « vous faites directement tout ». Pour l’apprenant, l’IA apporte l’adaptive learning : le « macro-adaptive » qui porte sur le choix des briques pédagogiques, et (peut-on supposer) le « micro-adaptive » qui définit les modalités de transmission préférées au fur et à mesure. L’évaluation peut également se faire au fur et à mesure de la formation par petites séances. Mais le vrai changement viendra lorsque l’IA interviendra en temps réel, comme agent pédagogique, et non simplement dans la préparation en amont.
Mini-réforme : l’entretien de parcours professionnel et la période de reconversion
La loi du 24 octobre 2025 apporte une série de retouches au système de formation professionnel tel qu’issu de la réforme de 2018 : allongement de la périodicité de l’entretien professionnel, création de la période de reconversion, du CDD de reconversion. Curieusement, sur la période de reconversion, qui fusionne Pro-A et Transco, nous n’avons pas trouvé de sources vidéo dédiée (mais le sujet est bien abordé dans la dernière vidéo de cette revue) ; le CDD de reconversion a mobilisé toute l’attention. Le relatif flou juridique qui entoure encore la période de reconversion (les décrets n’étant toujours pas parus) peut expliquer ce phénomène.
Ces deux intervenants (Sophie André de Lefebvre Dalloz et Julien Decompte de la Revue Fiduciaire) abordent l’une des nouveautés majeures de la loi du 24 octobre 2025 : la transformation de l’entretien professionnel (tous les 2 ans) en entretien de parcours professionnel (tous les 4 ans). Les deux analyses se recoupent largement, tout en se complétant. Un point important est l’incertitude qui persiste quant à la date du prochain entretien des salariés déjà en poste : 4 ans après le dernier entretien, ou 4 ans à partir de la date de la loi ?
Présentation sur Europe 1 du CDD de reconversion, dispositif créé par la réforme d’octobre 2025 et entré en vigueur le 1er janvier 2026. Avec ce nouveau type de contrat, « un salarié en CDI peut se mettre d’accord avec son employeur pour que son contrat soit suspendu afin qu’il se forme à une autre profession en CDD pour une durée de 6 mois à 3 ans maximum. Tout en ayant l’assurance de retrouver son poste et son salaire dans son entreprise si l’expérience n’est pas concluante. » La rémunération est prise en charge en partie par l’entreprise d’accueil et en partie par les fonds mutualisés.
La mini-réforme a institué la période de reconversion pour les projets à l’initiative de l’entreprise ; elle maintient le Projet de Transition Professionnelle (PTP, ex CIF) pour les reconversions à l’initiative du salarié. Cette vidéo de Transition Pro Ile-de-France (réalisée par IA, manifestement, y compris la voix) détaille pas à pas le processus de demande de PTP, en déminant certaines difficultés concrètes. Notamment (2’23), la place réduite (en nombre de caractères) dans le dossier en ligne pour exposer son projet, et le fait que la possibilité de joindre la lettre de motivation détaillée, pièce maîtresse du dossier, n’apparaît qu’après la signature électronique !
On apprend également (3’24) que les commissions qui se tiennent en juillet et août disposent du tiers du budget annuel, mais que la concurrence y est aussi la plus féroce ; et (5’16) qu’en cas de refus, le recours doit suivre une stratégie « chirurgicale » : il ne faut pas renvoyer le même dossier, mais répondre uniquement et précisément aux motifs invoqués pour le refus initial. D’autant que l’espace alloué au texte est encore plus réduit dans cette procédure.
A noter que Transition Pro Ile-de-France produit de nombreuses vidéos très pédagogiques sur le sujet, en utilisant manifestement un outil IA que l’on retrouve beaucoup.
La loi des finances : les risques pour la formation
La loi de financement de la Sécurité sociale, adoptée en décembre, ne contenait finalement pas les mauvaises surprises pour le financement de l’apprentissage que l’on a pu craindre un moment. Mais la loi des finances pour 2026, si elle est adoptée, pourrait encore imposer des réductions de crédit et des durcissement de conditions d’accès.
Cette animation réalisée par une formatrice indépendante reprend la présentation de la vidéo de Transition Pro Ile-de-France (ci-dessus), et a dû être conçue avec les mêmes outils. Elle reprend l’ensemble des craintes exprimées par le monde de la formation professionnelle vis-à-vis du projet de loi des finances, et alimentées notamment par les amendements votés par le Sénat. En jeu, un plafonnement des dépenses de CPF par dossier, ainsi que la suppression totale ou partielle de l’éligibilité au CPF du permis de conduire et du bilan de compétences.
L’animation ajoute la suppression de certaines exonérations pour les apprentis, parce qu’elle a été faite avant le vote de la loi de financement de la Sécurité sociale.
Nous incluons cette vidéo pour le contenu informatif de sa première partie, mais aussi pour montrer que l’utilisation des mêmes outils IA peut donner des résultats assez différents. A la différence de l’animation de Transition Pro qui reste utile et pratique jusqu’à la fin, celle-ci semble se perdre un peu dans les détails de contexte, et ne dit plus grand-chose d’intéressant après son premier quart.
Marie-Laure Laurier (Gamberge) tire la sonnette d’alarme quant à la possible inéligibilité au CPF des bilans de compétences. Elle rappelle que « les bilans de compétences ont été financés ces dernières années à plus de 80 % par le CPF », et ont concerné « 80 000 actifs sur 2024 » avec un taux de satisfaction de 89%. Elle argumente par ailleurs que les bilans ne représentent que 5,7% des dossiers CPF. La démarche débouche sur une pétition.
Financer la formation en 2026 ?
Pour finir, Fouzi Fethi de Centre Inffo propose ici un webinar où il aborde à la fois l’historique du financement de la formation professionnelle et les moyens concrets de financer sa politique de formation en 2026. Quelques repères dans cette longue vidéo :
- Historique du droit à la formation, du DIF au CPF désintermédié : (12’30). « On va avoir droit à une grande réforme de la formation professionnelle par mandat ».
- L’entreprise comme premier financeur (29 Mds€) (22’31) ;
- Le budget de France Compétences (26’55) ;
- Le système favorise les dépenses de formation en lien avec des recrutements (28’13), via l’alternance et France Travail ;
- Le CPF co-construit (40’00) : il y a eu 280M€ d’abondements d’entreprise au CPF en 5 ans, dont seulement un quart de dotations volontaires. A 43’25, Fouzi Fethi précise les apports du décret du 14 avril 2025 avant de détailler les modalités concrètes de mobilisation du CPF co-construit dans le cadre d’une politique de formation.
- La période de reconversion (54’35) : c’est l’une des rares sources vidéo en ligne qui décrivent ce nouveau dispositif, destiné à remplacer Pro-A et TransCo et à proposer de l’alternance pour les salariés en place.
2026 s’ouvre ainsi, dans la formation comme dans bien d’autres domaines, sur une série de points d’interrogation, d’inquiétudes mais aussi de perspectives enthousiasmantes liées notamment au mouvement incessant des avancées technologiques. Bonne année de la formation à tous !
Crédits photo : Pexels de Pixabay
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