La formation en chiffres

Chaque année, 1 formation sur 6 est une formation verte

On le sait, pour lutter contre le réchauffement climatique et les autres menaces qui pèsent sur notre environnement, nous devons changer nos façons de faire. Mais qui se sent vraiment concerné dans sa vie professionnelle ? Qui d’entre nous a eu l’occasion d’apprendre concrètement ces nouveaux gestes nécessaires ? Le Céreq a conduit une étude sur la question, et apporte une première réponse : 16% des formations suivies, soit plus d’1 sur 6, ont été directement impactées par une norme environnementale. Que nous apprend cette étude sur la formation verte et son appropriation par les organisations ?

 

L’essor des normes environnementales

Les normes environnementales figurent parmi les principaux outils de politique économique en matière de lutte contre le changement climatique et la protection de l’environnement. Elles ne sont pas une nouveauté : l’écolabel NF Environnement, qui s’intéresse à l’impact de la production sur l’environnement, a été créé en 1991. La norme ISO 14001 (pour le management environnemental) remonte à 1996. La norme Haute Qualité Environnementale (HQE), dédiée au bâtiment, est née en 2004.

Au cours des 15 dernières années,  ces normes se sont multipliées, et leur adoption par les entreprises s’est accélérée sous la pression conjointe du marché (les écolabels sont des arguments de vente) et des incitations légales. Dans quelle mesure ces diverses normes ont-elles véritablement transformé les façons de travailler des salariés ?

Le Céreq a publié en décembre 2022 une étude sur le sujet, en utilisant la 5e vague de l’enquête Défis, conduite en 2019 et représentative de plus de 10 millions de salariés et de près de 5 millions d’actions de formation. Cette 5e vague inclut deux nouvelles questions, visant à déterminer :

  • si les salariés ont vu leur activité modifiée au cours de l’année par la mise en œuvre d’une nouvelle norme environnementale ;
  • s’ils ont suivi, dans ce cadre, une formation pour intégrer ladite nouvelle norme.

De quel type de formations s’agit-il précisément ? Le document du Céreq se contente de les définir comme « les actions de formation mises en œuvre par les entreprises pour accompagner l’intégration de ces normes environnementales ». Aucun exemple concret n’est mentionné. On peut cependant imaginer qu’il peut s’agir d’actions de ce type :

  • La formation à l’éco-conduite de l’ensemble des salariés appelés à utiliser la flotte de l’entreprise, dans le cadre d’une démarche de labellisation de la qualité environnementale de l’ensemble du processus de production;
  • Les formations aux techniques de l’éco-construction, depuis le niveau « conception » jusqu’à l’adaptation des métiers du bâtiment (comme l’utilisation de nouveaux matériaux isolants);
  • Les formations aux éco-gestes appliqués à différents métiers, par exemple le nettoyage ou l’hygiène alimentaire;
  • Les formations aux normes elles-mêmes, et les formations internes organisées pour transmettre les changements impliqués pour chaque collaborateur.

Notons que ce périmètre n’épuise probablement pas le champ des « formations vertes », loin de là : beaucoup d’entreprises forment aux éco-gestes ou au respect de l’environnement sans nécessairement être entrées dans une démarche de labellisation. Les chiffres mentionnés sont donc probablement sous-estimés.

 

11% de salariés concernés en un an

Les résultats laissent entrevoir une forte dynamique de transformation des métiers sous l’influence des normes environnementales :

  • 30% des salariés disent mettre en œuvre des normes de ce type dans le cadre de leur travail.
  • 11% des salariés ont vu leur activité modifiée par l’introduction d’une telle norme au cours de l’année.

11% peut sembler peu, mais il faut bien avoir en tête qu’il s’agit uniquement du chiffre pour 2019. En stock, 3 salariés sur 10 sont concernés par les normes environnementales ; en flux, plus d’un sur 10 a été amené à franchir le pas pour la seule année 2019.

Cette transformation de l’activité des salariés a été accomplie via un effort de formation qui dépasse encore cette proportion, ce qui laisse entendre que certains salariés ont dû être formés plusieurs fois dans l’année pour intégrer la nouvelle norme. 16% des actions de formation suivies au cours de 2019 ont ainsi eu pour objet d’accompagner la mise en œuvre d’un label ou d’une démarche environnementale normée.

Chiffres : Céreq

Rappelons que, selon les derniers chiffres disponibles, les métiers proprement « verts », c’est-à-dire concourant directement à la protection de l’environnement, ne représentaient en 2018 que 0,5% des emplois. Les métiers dits « verdissants », qui se transforment pour intégrer les enjeux environnementaux, comptent pour 14% de l’emploi total. Ce chiffre est à comparer aux 30% de salariés dont le travail est d’ores et déjà concerné par les normes environnementales : selon cette nouvelle étude du Céreq, le « verdissement » des métiers serait donc sensiblement plus avancé que ce que l’on pensait.

 

Une transformation à plusieurs vitesses

Certains secteurs apparaissent davantage concernés par le phénomène des normes environnementales, mais la dynamique n’est pas toujours la même.

Dans les industries extractives et les activités de dépollution (eau, énergie, gestion des déchets), plus de la moitié des salariés (contre 30% en moyenn) intègrent d’ores et déjà ce type de normes dans leur métier ; un tiers déclare avoir dû modifier ses façons de faire au cours de l’année écoulée, soit 3 fois plus que la moyenne. Dans l’industrie et les transports, le stock d’emplois concerné est également élevé (40%), mais la dynamique est inférieure à la moyenne, même si elle reste élevée (8 à 10% de métiers transformés dans l’année).

Il est difficile de savoir ce que cette différence recouvre sans connaître plus précisément les normes impliquées, mais il apparaît clairement que certaines activités se transforment plus vite que d’autres.

 

Les formations vertes sont bonnes pour la carrière

Quel est le profil des formations mises en œuvre pour intégrer les normes environnementales ?

Selon l’enquête, elles présentent beaucoup de points communs avec les formations obligatoires. Elles appartiennent du reste très souvent à cette catégorie : dans 59% des cas, il s’agit de formations obligatoires ou réglementaires, contre 34% en moyenne. A l’inverse, les formations obligatoires sont souvent affectées par ces mêmes normes : c’est le cas de 38% des formations CACES et permis de conduire et 66% des formations à l’hygiène, par exemple.

Les formations aux normes environnementales débouchent plus souvent que les autres sur une évaluation (67% contre 50% en moyenne) ou un diplôme (14% contre 8%). Les salariés qui les ont suivies déclarent plus souvent que les autres :

  • que leur niveau de responsabilité s’est accru (la moitié des salariés concernés contre moins du tiers en moyenne) ;
  • que leur travail est devenu plus intéressant ;
  • qu’ils ont de bonnes chances de bénéficier d’une promotion (29% contre 17%).

Par ailleurs, les ouvriers et les agents de maîtrise sont surreprésentés parmi les salariés qui ont bénéficié de formations de ce type. Les ingénieurs et les cadres, à l’inverse, en ont moins suivi que les autres. Le Céreq fait l’hypothèse que les formations métier de ces catégories intègrent souvent déjà les normes environnementales. Il reste que le « verdissement » des métiers est loin d’être un phénomène d’élite : il concerne les actifs dans leur ensemble.

 

Les entreprises les plus apprenantes forment plus « vert »

L’enquête s’intéresse également au profil RH des entreprises qui forment leurs salariés aux normes environnementales, par une approche « toutes choses égales par ailleurs », appliquée aux salariés « stables », c’est-à-dire présents dans l’entreprise depuis au moins 5 ans.

Il en ressort que les entreprises les plus en pointe en matière de politique de formation ont davantage mis en œuvre des normes environnementales que les autres, même en neutralisant les différences sectorielles. En clair, pour prédire si les salariés d’une entreprise ont intégré de nouvelles normes de ce type en 2019, la dimension « apprenante » de l’organisation est plus parlante que le secteur. Il peut s’agir d’entreprises qui ont une politique de formation mieux structurée (mesurée au nombre d’entretiens professionnels et d’échanges avec les instances paritaires), ou qui ont recours à une grande diversité d’actions de formation (réglementaires, en alternance, en situation de travail).

Par ailleurs, les emplois les plus concernés sont ceux qui sont déjà le plus encadrés par des normes non-environnementales : la norme appelle la norme.

 

L’enquête révèle une économie en pleine transformation, avec des métiers de plus en plus nombreux et variés concernés par la normalisation environnementale, à travers tous les secteurs. Les entreprises les plus dynamiques et les plus formatrices apparaissent plus engagées. D’un point de vue RH, l’intégration via la formation de normes environnementales dans le métier apparaît comme un vecteur de progression et de promotion pour les salariés concernés. Il nous reste à attendre les prochaines vagues de l’enquête Défis et leur analyse par le Céreq pour mesurer l’évolution du phénomène.

Crédit photo : Shutterstock / lovelyday12
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