La formation en chiffres

25 % des actifs ont suivi une reconversion ces 5 dernières années

En 2015, 1 salarié sur 3 souhaitait changer de métier, selon le Céreq. Beaucoup sont passés à l’acte, selon un récent rapport de France Compétences : 1 actif sur 4 a entrepris une reconversion professionnelle entre 2016 et 2021. Mais sur ce nombre, seuls 58 % ont suivi une formation pour mener à bien leur projet. Et dans le même temps, les financements publics ou mutualisés destinés à la reconversion professionnelle se sont littéralement effondrés, notamment avec la suppression du CIF. À l’heure où les autorités et les acteurs du système communiquent abondamment sur l’urgence d’une réorientation massive des compétences, les moyens sont-ils à la hauteur des enjeux ?

 

Les reconversions professionnelles sous les feux de l’analyse

Deux études très complémentaires ont été publiées simultanément en ce début février 2022 :

Les deux études portent sur deux périodes légèrement différentes (Céreq 2015-2019 et France Compétences 2016-2021), avec des données d’origines différentes (Enquête Défis vs enquête BVA), et un périmètre différent également (salariés du privé vs actifs du privé). Elles ne s’appuient pas non plus sur la même définition de « reconversion » : changement de métier pour le Céreq, changement de métier OU de statut pour France Compétences. Ces divergences restent cependant relativement marginales, et les résultats sont assez convergents.

 

1 actif sur 10 a changé de métier avec succès

Les principaux enseignements sont les suivants :

  • Selon le Céreq, 33 % des salariés souhaitaient changer de métier en 2015. En 2019, 29 % d’entre eux étaient passés à l’acte tout en étant toujours en emploi. En conséquence, 9,5 % (soit 29 % de 33 %) des salariés ont changé de métier avec succès entre 2015 et 2019.
  • Selon France Compétences, 25 % des actifs du privé (salariés et indépendants) déclaraient, début 2021, avoir connu au moins une reconversion depuis 5 ans. Et 17 % avaient réalisé une reconversion active et volontaire, c’est-à-dire en engageant personnellement des démarches pour y parvenir. Sur ces 17 %, 9 points de pourcentage correspondent à des changements de métier. Les autres renvoient à des changements de statut : des salariés devenus indépendants, des indépendants devenus salariés, des non-cadres devenus cadres.

À partir de modes de calculs différents, les deux études arrivent donc à des ordres de grandeur très semblables.

Chiffres : France Compétences

Environ 2 millions d’actifs ont donc changé de métier depuis 5 ans. Il s’y ajoute environ 900 000 personnes (4 % des actifs) qui sont passées du salariat au statut d’indépendant ou (plus rarement) l’inverse.

Ces chiffres sont à comparer à ceux du baromètre CentreInffo de 2021, selon lequel 20 % des salariés préparaient, début 2021, une reconversion professionnelle, tandis que 27 % envisageaient de le faire. Ces proportions laissent supposer que la crise sanitaire a intensifié chez les salariés l’envie de changer de métier ou d’orientation professionnelle : un tiers d’entre eux l’envisageaient en 2015, près de la moitié (47 %) en 2021. Il restera à voir si ces projets et ces intentions auront été suivis d’effet.

 

Les moins qualifiés passent moins souvent à l’acte

L’un des axes du discours public en faveur des reconversions est la réponse à la fragilisation de certains métiers non qualifiés. C’est notamment l’un des arguments avancés en faveur du dispositif Transitions Collectives. Jusqu’à présent, cependant, il semble que les moins qualifiés se reconvertissent moins souvent que les autres actifs.

Selon le Céreq, pourtant, les travailleurs non qualifiés étaient plus nombreux à souhaiter changer de métier en 2015 que les cadres (39 % contre 29 %). mais ils ont été au contraire sensiblement moins nombreux à passer à l’acte avec succès (20 % contre 34 %). Les travailleurs qualifiés non-cadres se trouvent dans une situation intermédiaire.

Chiffres : Céreq

 

Les non-qualifiés sont plus souvent mécontents de leur travail (31 %) que les cadres (15 %), ils ont beaucoup plus souvent un travail répétitif (80 % contre 32 %) et s’estiment plus souvent mal payés par rapport à leur niveau de qualification (61 % contre 48 %). Ces sources de mécontentements les poussent davantage à vouloir changer de métier. Les réformes successives de la formation et du travail visent à privilégier ces publics. Pourtant, à ce jour, les résultats ne sont pas au rendez-vous. Que se passe-t-il ?

 

4 reconversions sur 10 se déroulent sans recours à la formation

Selon l’étude de France Compétences, 67 % des actifs ayant réalisé une reconversion professionnelle volontaire ont eu recours à un accompagnement, et 58 % à une formation. Seuls 15 % n’ont fait appel à aucune de ces deux démarches. Il reste que plus de 4 reconversions sur 10 se sont dispensées de formation !

22% des actifs concernés ont fait appel à leur CPF pour financer leur transition ; 20 % ont suivi un bilan de compétences, et 13 % ont bénéficié de l’accompagnement du CEP. Les chiffres de France Compétences sur le recours aux différents outils sont cependant difficiles à interpréter : il est question de 13 % des actifs en reconversion ayant recours au projet de transition professionnelle, et 11 % à Pro-A. Ces dispositifs étant opérationnels depuis respectivement 2019 et 2020, on peut supposer que les chiffres portent également sur les outils qu’ils remplacent, à savoir respectivement le CIF et la période de professionnalisation. Mais même ainsi, pour le CIF tout du moins, le chiffre paraît trop élevé.

 

Des financements dédiés en recul malgré les annonces

En effet, même si cela peut paraître contre-intuitif, les financements publics ou mutualisés dédiés à la reconversion professionnelle sont en net recul – à ce jour.

La réforme de 2018 a pris deux mesures ciblant plus particulièrement les reconversions professionnelles : la transformation du CIF en CPF de transition (devenu « projet de transition professionnelle », PTP) ; et le remplacement de la période de professionnalisation par la Pro-A.

L’enveloppe réservée au PTP était, dès le départ, prévue pour être sensiblement réduite par rapport à celle du CIF, mais diverses économies devaient faire en sorte que le volume de formations ne soit pas trop affecté. En pratique, sans grande surprise, le nombre de formation et le montant de financement se sont effondrés, comme le montre le graphique suivant, réalisé à partir des données des Jaunes Budgétaires :

Chiffres : Jaunes Budgétaires pour les années 2017 à 2022

 

Le nombre de formations financées a donc été quasiment divisé par trois, passant de près de 45 000 en 2018 à moins de 16 000 en 2020. Les montants dépensés ont été réduits dans les mêmes proportions (de 1,25 M€ à 413 000 €). Seule bonne nouvelle : le PTP continue à bénéficier très majoritairement aux employés et ouvriers : près de 84 % des bénéficiaires émanaient de ces catégories, contre 80 % en 2018 pour la dernière année du CIF. Ce dernier dispositif se distinguait des autres outils de financement par le fait qu’il était résolument orienté vers les moins qualifiés : le PTP a bien repris ce flambeau. Mais pour le moment, il apparaît sensiblement moins doté financièrement que son prédécesseur. Sans volonté politique, il n’ira pas beaucoup plus haut.

Dans le cas de la Pro-A, la chute est encore plus spectaculaire : on est passé de plus de 500 000 actions de formations financées via la période de professionnalisation en 2018 à… 613 actions financées par la Pro-A en 2020. Le délai de mise en place du dispositif explique largement ce résultat, et on peut espérer une montée en charge future. Mais le nombre de formations concernées restera sans doute très en-deçà de celui de la période de professionnalisation, les conditions étant nettement plus restrictives.

Probablement conscients de cet écart entre les objectifs et les moyens, les pouvoirs publics ont mis en place début 2021 le dispositif « Transco », pour « Transition collective ». Pour le moment, celui-ci n’a pas fait de miracles : en septembre 2021, 71 dossiers avaient été déposés.

 

Que ce soit pour faire face aux tensions de recrutement, pour affronter la transition écologique ou pour assurer la pérennisation des emplois menacés par l’évolution des métiers, la reconversion est un enjeu majeur des années à venir. Or, celle-ci suppose un effort de formation considérable. La réforme de 2018 a pourtant, en pratique, retiré des moyens aux dispositifs dédiés à cet objectif, et les nouveaux outils mis en place tardent à décoller. Les dispositions du plan de relance, en particulier lorsqu’elles sont ciblées sur des enjeux particuliers (par exemple les métiers de la batterie électrique), renverseront peut-être la dynamique. Et il ne faut pas oublier que dans le même temps, le CPF a connu une envolée considérable, passant de 500 000 à plus de 2 millions de dossiers financés par an entre 2019 et 2021. Il est fort possible que cette ressource décentralisée bénéficie davantage aux projets individuels de reconversion que tous les outils et programmes dédiés à cet objectif, qui pêchent souvent par la lourdeur des contraintes associées.

 Crédit photo : Shutterstock / Jerome.Romme

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