Les femmes ont 34% moins de chances de suivre une formation longue

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A situation professionnelle, individuelle et familiale égale, les femmes ont une probabilité plus faible d’un cinquième de suivre une formation, et plus faible d’un tiers de suivre une formation d’au moins 18 heures. C’est l’un des enseignements de l’étude publiée par la Dares sur l’accès à la formation professionnelle sous l’angle de l’égalité hommes-femmes. Au-delà de ce chiffre, on trouve des résultats tout en nuance, qui peuvent utilement alimenter le dialogue social dans l’entreprise autour des enjeux d’égalité professionnelle.

 

L’étude publiée en juillet 2020 par la Dares (« La formation professionnelle continue : une autre facette des inégalités hommes-femmes ? ») utilise des données solides, mais déjà anciennes : les chiffres proviennent de l’enquête Formation, qualification professionnelle (FQP) conduite en 2014-2015 auprès de 27 000 personnes de 18 à 65 ans. L’enquête décrit les formations suivies entre 2010 et 2015 par les membres de l’échantillon. On peut en extraire 5 grands enseignements.

 

1. Egalité globale, inégalité dans le détail

Vu de loin, le tableau de la formation continue des adultes paraît plutôt égalitaire. Entre 2010 et 2015, 62,4% des femmes et 63,4% des hommes ont suivi une formation. Si l’on ne considère que les formations professionnelles non diplômantes, les proportions sont de 61% pour les hommes et 59% pour les femmes, ce qui reste très proche.

Egalité hommes femmes accès formation professionnelle - chiffres - dares

On décèle même des inégalités favorables aux femmes : celles-ci ont plus souvent suivi une formation diplômante (7,3% des femmes contre 5% des hommes) et moins souvent une formation obligatoire (16% contre 27%). A noter que par la suite, les chiffres analysés par l’étude ne tiennent pas compte de la petite proportion de formations diplômantes, ce qui tend à accroître légèrement la perception des inégalités, en défaveur des femmes.

En revanche, celles-ci ont eu davantage accès à des formations courtes (moins de 18 heures), et moins à des formations longues (32% des femmes contre 40% des hommes) : on voit se dessiner une différence dans l’accès à la formation : les femmes suivent en moyenne des stages plus courts.

Les inégalités apparaissent nettement dès lors que l’on considère les situations individuelles « toutes choses égales par ailleurs », c’est-à-dire à situation égale, familiale (en couple ou non, avec des enfants ou non), individuelle (âge, formation initiale, nationalité) et professionnelle (en activité ou non, temps partiel ou temps complet, catégorie professionnelle). A situation égale, par rapport à un homme, une femme a 19% de probabilité en moins d’avoir suivi une formation entre 2010 et 2015. La proportion monte à 34% si l’on ne considère que les formations de plus de 18 heures.

 

2. Les femmes se forment moins dans la plupart des secteurs

Que se passe-t-il ? En réalité, les femmes sont surreprésentées dans certains secteurs qui forment davantage globalement, en particulier l’administration publique, la santé et l’enseignement. Dès lors qu’on considère l’accès à la formation secteur par secteur, le tableau change.

Egalité hommes femmes accès formation professionnelle - enfants - Dares

Dans la quasi-totalité des secteurs, les femmes ont moins souvent été formées que les hommes entre 2010 et 2015. Seule exception : l’immobilier, où les femmes arrivent 10 points devant les hommes : 65 % contre 55 %.

Dans certains secteurs, la différence est légère : la banque/assurance, notamment, et le secteur public / enseignement / santé, avec un écart d’1 à 3 points de pourcentage. Mais dans 6 secteurs sur 10, l’écart est d’au moins 5 points. Il monte même à 7 points dans les commerces, transports et hébergement-restauration, et à 16 points dans l’industrie.

Une nuance cependant : dans ces domaines, à statut équivalent (CDD ou CDI, public ou privé), les différences s’estompent. Les femmes sont moins formées dans ces secteurs parce qu’elles sont plus souvent employées à des fonctions qui recrutent en contrats courts. Or, les salariés en contrats courts sont moins souvent formés que les autres.

La plus grande différence femmes / hommes est observée dans l’agriculture : dans ce dernier domaine, une femme sur trois a suivi une formation, contre 56% des hommes, soit un écart de 23 points. Et le différentiel reste significatif si l’on considère hommes et femmes à statut professionnel égal.

 

3. Des écarts plus marqués chez les moins qualifiés

Ces disparités se retrouvent dans les métiers les moins qualifiés. Globalement, actifs les moins diplômés accèdent moins à la formation que les autres, et les inégalités entre hommes et femmes sont accrues pour ces populations : une femme non diplômée sur 3 a accédé à la formation entre 2010 et 2015, contre près d’un homme non diplômé sur 2. De même, l’écart négatif de taux de formation entre les employées et leurs collègues masculins est de 11 points. On monte à 19 points pour les ouvrières.

Le rapport s’inverse à l’autre bout de l’échelle : les femmes diplômées (à partir de bac+2) se forment un peu plus souvent que les hommes. Le même phénomène s’observe chez les cadres et les professions intermédiaires.

Par ailleurs, le fait de travailler à temps partiel réduit la probabilité d’avoir suivi une formation. Or, les femmes travaillent nettement plus souvent à temps partiel : c’est le cas d’environ 30% d’entre elles, contre 8% des hommes. Avec une double peine : les femmes en contrat à temps partiel suivent moins souvent des formations, et lorsqu’il s’agit de formations longues, elles les suivent plus souvent en dehors de leur temps de travail.

 

4. Le poids de la famille

Une autre piste d’analyse est l’impact des événements familiaux : les naissances, et même le simple fait d’être en couple, ont un impact négatif sur la formation des femmes. 3 ans après une naissance, elles sont 19% à avoir suivi une formation, contre 28% pour les pères. La taille de la famille joue aussi : plus elles ont d’enfants, moins les mères se forment après une naissance. Les pères, en revanche, ne sont pas impactés par le nombre d’enfants dans leur accès à la formation professionnelle.

Egalité hommes femmes accès formation professionnelle - secteurs - Dares

Le couple a également un impact significatif : les femmes célibataires ont plus de chances que les hommes de participer à des formations longues, alors que les hommes célibataires se forment moins que la moyenne. Les

La famille affecte donc plus les femmes que les hommes dans leur accès à la formation.

 

5. Les femmes ont davantage envie de se former

Les femmes estiment plus souvent que les hommes avoir besoin de se former, et en expriment aussi plus souvent l’envie. C’est particulièrement vrai chez les femmes qui ont déjà bénéficié d’une formation : on sait que la propension à se former est globalement plus importante chez les personnes qui en ont déjà fait l’expérience.

Les femmes qui ont déjà suivi une formation sont donc près de 40% à penser avoir besoin d’une formation professionnelle, et 50% à en avoir envie. Les hommes dans la même situation se positionnent 6 à 7 points de pourcentage en retrait de leurs collègues féminines.

Hommes et femmes, en revanche, se différencient assez peu quant aux motifs de non-formation. Les femmes invoquent un peu moins souvent que les hommes l’absence de proposition ou le refus de l’employeur (3 points d’écart au total), et aussi souvent qu’eux les difficultés matérielles.

 

Depuis le 1er mars 2020, l’obligation de publier l’index de l’égalité salariale Femmes-Hommes s’étend à toutes les entreprises d’au moins 50 salariés. L’index, créé par la même loi que la réforme de la formation professionnelle, comporte 4 ou 5 indicateurs, dont aucun ne porte directement sur la formation. Pourtant celle-ci joue un rôle important dans l’évolution professionnelle des salariés. Une meilleure répartition de l’accès à la formation entre les hommes et les femmes ne peut que bénéficier à l’égalité salariale. A cet égard, les résultats de l’enquête sont éclairants : ils laissent entrevoir des effets de structure d’emploi, des différences d’accès à métier égal, mais aussi un point de vigilance : la formation des femmes suite à une naissance. Une question à aborder au cours de l’entretien professionnel obligatoire que doivent suivre les salariées revenant de congé maternité !

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