La France classée 3e pour son système de formation continue

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Le Global Talent Competitiveness Index de l’Insead et de l’institut Descartes place la France à la 19e place, sur 134 pays, en matière de compétitivité des talents. Parmi les 6 piliers de cet indice composite, c’est la capacité à « faire croître » les talents qui tire le pays vers le haut du classement. Mais l’entreprise « France » manquerait d’attractivité – une dimension sur laquelle, selon une autre étude, la formation a son mot à dire.

Sommaire
Compétitivité des talents : des progrès mais peut mieux faire
Un point fort : la formation continue dans les entreprises françaises
La formation, facteur d’attractivité

 

Compétitivité des talents : des progrès mais peut mieux faire

La France progresse en matière de compétitivité du capital humain : c’est la leçon de l’édition 2023 du Global Talent Competitiveness Index (GTCI), qui fête cette année son 10e anniversaire. L’INSEAD a mis au point cet indice en 2013 en prenant acte du fait que le capital humain, la connaissance, les compétences des collaborateurs sont un facteur décisif de compétitivité et de performance.

Depuis 2013, l’indice de la France est resté relativement stable, oscillant entre la 20e et la 24e place de 2013 à 2020. Depuis 2021, le pays s’est installé dans le top 20, à la 19e place. (Parallèlement, le nombre de pays couverts est passé de 103 à 134).

L’indice combine environ 70 indicateurs de base, réunis en 6 piliers et 14 sous-piliers.

Les piliers sont :

  • Le contexte légal, économique et concurrentiel (Enable) ;
  • L’attractivité, qui comprend aussi bien les politiques d’inclusion des entreprises que le degré d’ouverture du pays (Attract) ;
  • Le système de formation initiale et continue, la mobilité professionnelle (Grow) ;
  • Environnement, qualité de vie, protection sociale (Retain) ;
  • Niveau d’éducation technique, employabilité (Vocational and Technical Skills) ;
  • Compétences de haut niveau et écosystème d’innovation (Global Knowledge Skills).

L’outil articule et pondère donc un grand nombre de déterminants de la performance en contexte d’économie de la connaissance. Il cherche aussi à mesurer l’attractivité du pays et de ses entreprises du point de vue des personnes à haut niveau de qualification : l’Insead est une école de commerce internationale et s’adresse à son public.

Le point faible de la France, sur cet indice, est, de façon récurrente mais avec une amélioration dans le temps, le pilier « attractivité ». Elle était 36e sur cet indicateur en 2013, elle est 25e cette année. Si l’on regarde les indicateurs qui composent ce pilier, les principaux points qui « plombent » la note de la France sont l’insuffisante attraction des compétences de haut niveau (« brain gain ») et le manque d’inclusivité vis-à-vis des minorités et des femmes. Le score français en matière de brain gain a cependant augmenté continûment depuis 10 ans. Les indicateurs relatifs aux femmes se sont également redressés significativement au cours des toutes dernières années.

Autre point faible : l’employabilité. Sur ce point, la France conserve une note moyenne, mais certains pays concurrents progressent. Surtout, sa note se dégrade sur deux points qui étaient des atouts au milieu des années 2010 : la facilité à trouver de la main-d’œuvre qualifiée, et la qualité de la main-d’œuvre technique.

La France pèche enfin sur un autre indicateur : les écarts de compétences entre emploi occupé et formation effective : c’est le skills mismatch, ou inadéquation des compétences, pour lequel l’OCDE avait déjà identifié la France comme figurant parmi les mauvais élèves.

 

Un point fort : la formation continue dans les entreprises françaises

La réponse à ces lacunes passe par le développement de la formation. Sur ce point, heureusement, la France affiche d’excellents résultats, selon le GTCI. L’écosystème de développement des individus (formation initiale, formation continue, opportunités de développement) est classé à la 7e place (9e en 2022, 19e en 2021).

En particulier, au sein de ce pilier, le sous-pilier « formation tout au long de la vie » place la France en 3e position. Il était déjà 4e en 2022, mais seulement 19e en 2021.

Les indicateurs qui portent cette performance sont :

  • La qualité des masters de commerce, jugés les meilleurs du monde par ce classement (le biais « Insead » joue sans doute ici !) ;
  • La prévalence de la formation dans les entreprises (3e position).

Comment s’explique un si bon score ? Les chiffres Eurostat et OCDE placent la France en assez bonne position sur le sujet, que ce soit pour le pourcentage de salariés formés (47% pour Eurostat, 58% pour l’OCDE, ou encore 43,4% selon le Jaune budgétaire) ou pour la part des entreprises qui forment leurs salariés (76% pour Eurostat, 79% pour l’OCDE). Dans les deux séries, la France se situe dans le top 10, mais elle n’est pas sur le podium. L’INSEAD a dû avoir recours à d’autres métriques (3,5% de la masse salariale du privé consacrée à la formation, par exemple ?).

Dans tous les cas, la note de l’Index est cohérente avec les efforts déployés en faveur de la formation continue depuis la réforme de 2018 et les politiques volontaristes des années Covid. Les effets conjoints du CPF, de la promotion de l’apprentissage, de l’obligation d’une formation tous les 6 ans par salarié, de l’extension du champ des formations obligatoires ont poussé les achats de formation et le nombre de personnes entrées en formation à leurs plus hauts niveaux historiques en 2022.

 

La formation, facteur d’attractivité

Ce point fort (le développement de la formation continue des salariés) pourrait-il venir résoudre les handicaps des entreprises françaises (manque d’attractivité et d’inclusivité) ? Il est probable que oui, si l’on en croit une autre étude, publiée cette fois-ci par l’entreprise de conseil en logiciels GetApp. Selon cette enquête, 74% des salariés s’accordent à dire que « les opportunités d’apprentissage et de développement offertes par mon employeur » les poussent à rester dans l’entreprise. 84% d’entre eux prendraient en compte, dont 52% « clairement », le fait qu’une entreprise offre des cours en ligne dans le choix d’un futur employeur. Autrement dit, l’offre de formation et de développement contribue à la qualité de la marque employeur.

Cette évolution, qui s’accompagne d’une acclimatation croissante aux nouvelles technologies appliquées à la formation (e-learning, IA, gamification, réalité virtuelle, réalité augmentée…), s’explique en grande partie par les inquiétudes suscitées par l’avenir auprès des collaborateurs. Plus de la moitié des répondants (54%) considèrent ainsi que les progrès de l’intelligence artificielle générative les contraignent à faire évoluer leurs compétences. Seuls un tiers d’entre eux ne se sentent pas concernés. Dans le même temps, 44% des personnes interrogées sont demandeuses de formations en ligne pour progresser dans leur carrière.

Les incitations à se former et à financer de la formation continue n’ont donc jamais été aussi fortes. Pour l’entreprise, il y a un enjeu d’attractivité, de rétention des talents, de compétitivité. Pour le salarié, la formation est la clé du maintien de l’employabilité et du développement professionnel. Pour le pays, les compétences sont un sujet stratégique d’adaptation de l’économie aux défis de l’avenir. Le rôle du responsable formation est donc plus important que jamais.

 

« La compétition des talents va s’intensifier », nous préviennent les rédacteurs du Global Talent Competitiveness Index. « À mesure que les incertitudes et les tensions internationales continuent à s’amonceler […], nous pouvons nous attendre à voir davantage, et non pas moins, de guerres des talents. Le phénomène sera amplifié par la nécessité croissante de faire face aux tensions sur les marchés du travail et la dérive accrue vers les postures et politiques nationalistes ». Le message en faveur d’une ouverture aux talents internationaux est clair, même si les modalités n’en sont pas précisées. C’est en tout cas, avec l’inadéquation des compétences aux emplois, la principale piste proposée par les auteurs de l’étude pour faire progresser encore les entreprises françaises dans la compétition mondiale des talents et l’économie de la connaissance.

Crédit photo : Shutterstock / Akos Nagy

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