Lu pour vous (2/2) : des Opca et du digital en formation professionnelle

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La formation professionnelle n’est pas le premier chantier du nouveau gouvernement ; mais elle est à l’ordre du jour – peut-être pour apaiser les esprits après des réformes du droit du travail qui s’annoncent difficiles ? Dès à présent, les acteurs se positionnent. C’est le cas d’Opcalia, l’Opca interprofessionnel de la mouvance Medef, qui prend les devants du procès en inutilité qu’il pressent après les propos ambigus du candidat Macron, avec un rapport commandé au cabinet Goodwill évaluant son apport à l’économie. C’est le cas également de l’Igas, qui a produit dès mars un rapport sur la digitalisation de la formation professionnelle débouchant sur 28 recommandations opérationnelles. Nous les résumons dans cette 2e partie de notre « Lu pour vous » de ce début d’été.

 

Combien rapportent les Opca ?

A quoi servent les Opca ? Le programme du candidat Macron, et certains de ses propos ont pu alimenter l’idée d’une certaine défiance de la nouvelle équipe vis-à-vis des « organismes collecteurs paritaires agréés », créés en 1993 pour collecter, gérer et répartir la contribution des entreprises à la formation professionnelle. La gestion paritaire de celle-ci, instituée dès 1971, vivait-elle ses derniers instants ? Pour contrer ce discours, Opcalia, l’un des deux grands Opca interprofessionnels, a confié au cabinet Goodwill le soin de conduire une étude pour mesurer, concrètement, l’apport d’Opcalia à l’économie.

 

Opcalia : 217 millions pour l’écosystème

Le contexte de la réforme de 2014 et les orientations pressenties pour la prochaine loi favorisent l’émergence d’un véritable marché de la formation. Selon le rapport, il est donc d’autant plus « essentiel pour les OPCA de démontrer qu’ils ne représentent pas un coût mais bien au contraire un investissement permettant aux personnes formées, aux entreprises et aux territoires d’être plus performants. »

Selon l’étude Goodwill, « en déduisant ses frais de fonctionnement, Opcalia a apporté à son écosystème une valeur nette de 217 millions d’euros en 2015 ». Plus précisément, « pour un euro dépensé par Opcalia en frais de fonctionnement, 5,30 euros sont apportés à travers son activité au tissu économique ».

L’étude se fonde sur « un travail et des résultats scientifiques », selon le rapport. La méthodologie identifie 4 bénéfices possibles de l’action de l’Opca et cherche ensuite à chiffrer chacun d’eux. Ces bénéfices sont :

  • L’amélioration de la performance de l’entreprise (par l’élévation du niveau de compétences et de savoir des salariés via une formation adaptée)
  • L’employabilité, acquise grâce à la formation.
  • L’insertion des personnes handicapées, par des actions ciblées.
  • La baisse du coût de la formation, via la négociation de tarifs préférentiels.

On note que ce dernier point bénéficie à l’entreprise, mais pas à l’ensemble de l’écosystème, puisque les organismes de formation y perdent !

 

La principale source de valeur identifiée est l’amélioration de la performance : l’action d’Opcalia génèrerait 167 millions d’euros pour les entreprises qui passent par ses services. Vient ensuite l’employabilité, qui enrichirait l’économie de 67 millions d’euros. L’insertion des personnes en situation de handicap rapporterait 26 millions. L’effet « coût », en revanche, ne compte que pour 49 000€ : les Opca ne prétendent pas remplacer les acheteurs de formation ! Au total, on arrive à 260 millions d’euros, desquels on retire les 43 millions de frais de fonctionnement d’Opcalia.

 

Quelle méthodologie ?

Comment sont calculés ces chiffres ? C’est là que la méthodologie se fait un peu plus floue. Partant de travaux universitaires, le cabinet identifie 3 critères de performance de la formation :

  • la pertinence (c’est-à-dire l’adéquation des programmes avec le besoin des salariés) : c’est le choix de la bonne formation.
  • l’efficacité pédagogique : la façon dont la formation est délivrée.
  • la mise en pratique des connaissances acquises, en aval de la formation.

Se fondant sur une autre étude, la formation est définie comme pouvant améliorer la performance des salariés qui en bénéficient de 23% – valeur moyenne prise ici comme une valeur maximale, « par prudence ».

A partir de cela, les auteurs de l’enquête ont noté sur 10, pour chacun des trois critères, la performance des formations dispensées. « Nous avons par exemple estimé qu’une entreprise qui forme ses collaborateurs seule (sans Opcalia) obtient une note de performance de ses formations de 6,5/10, alors qu’avec Opcalia, la performance des formations serait de 8,1/10. »

On suppose qu’à partir de ces notes, dont la méthodologie d’attribution reste un peu mystérieuse, une part plus ou moins grande des 23% d’augmentation maximum est associée à chaque critère. Puis l’ensemble est compilé pour donner une somme globale.

L’enjeu, on l’a compris, est de mettre en face des 43 millions de frais de fonctionnement (7% de la collecte de 613 millions d’euros en 2015) une somme sensiblement plus importante, matérialisant l’utilité économique d’Opcalia. Exercice de communication ou données scientifiques ? Sans doute plus près du premier que du second, d’autant qu’il est difficile d’extrapoler ces résultats à l’ensemble des Opca. Mais le message est clair : par leur expertise du système et leur connaissance du marché, les Opca apportent une véritable valeur ajoutée à l’écosystème de la formation professionnelle, et par là à l’économie dans son ensemble. Le chiffrage vaut ce qu’il vaut, mais la démarche est bonne.

 

La transformation numérique du secteur de la formation professionnelle

La révolution numérique a de nombreux impacts sur le secteur de la formation professionnelle : sur les contenus, puisqu’il faut former au numérique et à la digitalisation des métiers ; et sur la formation professionnelle elle-même, par la transformation des moyens pédagogiques et de l’organisation même des prestataires de formation. C’est ce second point qui fait l’objet d’un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales en mars dernier, dans lequel l’Igas « a cherché à mesurer l’impact de l’essor des technologiques numériques, et de leurs usages, sur les méthodes pédagogiques et sur les parcours de formation professionnelle, d’une part, sur le secteur économique des organismes de formation, d’autre part ». Ce rapport de 165 pages aborde de nombreux sujets. Nous en résumons les principaux points.

 

Digitalisation de la pédagogie

L’Igas s’intéresse d’abord à l’influence du numérique sur les contenus pédagogiques et sur les parcours de formation, « en adéquation avec les attentes des individus et des entreprises. » Le rapport fait l’inventaire des apports du digital pour la transmission des savoirs et des compétences, notamment :

  • les nouvelles modalités elles-mêmes : Mooc, micro-learning, serious games, blended learning…
  • la diffusion à un public plus large de pédagogies déjà anciennes mais réservées auparavant à un public restreint de managers, comme la classe inversée, le social learning…
  • l’utilisation du big data, de la gestion des données, du learning analytics pour adapter les pédagogies, les contenus et les évaluations.
  • L’aspect « logistique » : le digital facilite l’entrée en formation, minimise « les contraintes géographiques et temporelles », et peut même susciter à moyen terme une baisse des prix, rendant la formation plus accessible à tous.

Cet aspect « coût » ne signifie pas nécessairement qu’on va apprendre davantage en moins de temps. Le rapport rappelle que la durée moyenne des formations a été divisée par deux entre 2000 et aujourd’hui (de 80 à 40 heures), pendant que le nombre de stagiaires doublait. Mais il cite également une donnée tirée des « chiffres clés du Digital Learning en 2015 », de l’ISTF (dont nous commentions en février l’étude 2017 réalisée pour e-doceo) tendant à montrer que l’utilisation du blended learning allonge le temps de formation. Le nombre de jours de formation par collaborateur passerait « d’un peu plus de 2 en moyenne, à 3, en cas de recours à des formations multimodales, compte tenu de leur souplesse et de leur accessibilité facilitée. »

Le rapport souligne quelques points de vigilance – prendre garde à ce que le digital réduise les inégalités d’accès à la formation au lieu de les accroître ; et veiller à ne pas laisser le recours au distanciel empiéter sur la vie privée des stagiaires… Il souligne également trois principaux freins à la digitalisation : l’attachement au présentiel, l’importance des investissements nécessaires, et l’inadaptation persistante du cadre réglementaire et financier – notamment la définition horaire de la formation et la lourdeur des processus de certification.

 

Digitalisation des organismes de formation

La digitalisation concerne également les prestataires de formation eux-mêmes, à la fois dans leur offre et dans leur fonctionnement. Dans cette partie, le rapport se repose beaucoup sur l’étude de l’Observatoire de la branche dont nous avons rendu compte en avril, et constate que la transformation digitale reste « portée à ce stade essentiellement par les organismes les plus importants ou par un foisonnement de nouveaux entrants spécialisés dans les formations numériques ».

Mais la transformation va s’imposer, par le biais de multiples contraintes nouvelles : l’évolution du cadre réglementaire et de financement, avec les conséquences de la réforme de 2014 – qualité, compte personnel de formation, fin de l’imputabilité ; et l’évolution rapide du marché sous l’influence de la digitalisation.

Les rapporteurs reprennent à ce sujet un schéma très parlant de l’Observatoire de la branche des organismes de formation qui synthétise le nouvel environnement concurrentiel des prestataires « classiques » : enseignement supérieur, universités et centres de formation d’entreprises, éditeurs de contenus, plateformes de e-learning, start-ups…

Schéma de la concurrence des organismes de formation - rapport Igas

(schéma reproduit dans le rapport Igas « La transformation digitale de la formation professionnelle continue »)

Selon eux, emmener l’ensemble du marché de la formation professionnelle dans la transformation numérique suppose à la fois une simplification du cadre réglementaire et un soutien des pouvoirs publics et des partenaires sociaux à la recherche et développement, à l’investissement, à la digitalisation.

 

Digitalisation du système de formation professionnelle

C’est enfin le système de financement et d’accès à la formation professionnelle lui-même qui doit monter en efficacité avec le digital. L’Igas estime que les nouveaux outils de réseau et de gestion des données doivent permettre d’orienter le système dans un sens « orienté utilisateur », et surmonter l’obstacle de son extrême complexité. Ainsi, par exemple, d’un « référencement systématique et qualifié de l’offre de formation », dont certains acteurs voient la préfiguration dans le Datadock mis en place par les Opca et Opacif.

Le rapport recommande surtout d’aller vers un développement plus ambitieux du projet Agora, issu d’une demande du Cnefop (le Conseil national pour l’emploi, la formation et l’orientation professionnelles) en juillet 2015, et dont l’utilité a été consacrée par la Loi travail du 8 août 2016. Celle-ci institue en effet une série d’obligations pour les organismes de formation, qui doivent informer les financeurs des entrées et des sorties de formation. Les différents acteurs de la formation professionnelle doivent ensuite partager ces données entre eux.

Pour les rapporteurs, le projet Agora pourrait devenir la base d’un « hub » d’échange d’informations « qui simplifierait les démarches administratives d’entrées et sorties en formation ou de suivi des stagiaires », et qui « éclairerait, aussi, significativement, la connaissance des trajectoires de formation. »

Le rapport se conclut sur 28 recommandations qui portent sur ces trois grands domaines. Des propositions suffisamment techniques et concrètes pour que les nouvelles autorités puissent y puiser l’inspiration pour une prochaine réforme prévue pour 2018.

 

Crédit photo : Fotolia/pictworks

 

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